Génération ENSP

Génération ENSP

Du 6 juillet au 4 octobre 2026

Reflétant la collaboration durable entre les Rencontres d’Arles et l’ENSP, le festival met en lumière une nouvelle génération d’artistes issu·es de l’ENSP. Les œuvres présentées ont été réalisées à l’occasion de leur diplôme, obtenu en juin 2026.

La commissaire Aurélia Marcadet a sélectionné les projets de Guillaume CHEVALIER FUSTEC, Denis Valery NDAYISHIMIYE et Susanna DE VIDO pour la richesse et la singularité de leurs démarches, reflétant la diversité des approches esthétiques et conceptuelles à l’ENSP.

Les trois artistes choisi·es par la commissaire Aurélia Marcadier proposent des écritures sensibles et singulières traversées par des questions d’identité, de mémoire ou de réparation. Ancrés dans notre époque, ces projets témoignent de leur engagement en inventant des formes nouvelles qui font de la photographie la matière d’histoires inédites.

Avec son projet Quando torneremo a guardare le stelle, Susanna de Vido explore les relations entre humain et animaux dans les sociétés occidentales contemporaines, marquées par des logiques de domination et d’exploitation du vivant. La couture constitue le geste central : elle permet de réparer et recomposer avec des fragments d’images et de tissus, de nouvelles alliances entre humains et non-humains, en ouvrant un espace d’attention et de coexistence.

Avec la série Can I Come to Your Place? Denis Valery Ndayishimiye explore les transformations discrètes des identités masculines noires au sein de la diaspora européenne. Réalisée dans plusieurs villes d’Europe, cette série met en lumière des processus de changement intimes, ancrés dans des espaces domestiques. En photographiant ces hommes chez eux, l’artiste contourne les stéréotypes associés à la masculinité noire en proposant une lecture plus nuancée et sensible.

À la suite de la disparition de deux femmes qui lui étaient très proches, la série de Guillaume Chevalier Fustec Swift and Swallow explore l’expérience du deuil comme un état de perception particulier où le réel semble chargé de signes. Guidé par le voyage symbolique des cendres de l’une d’elles, son travail mêle fragmentation et altération d’images pour traduire la manière dont l’absence imprègne les lieux, les objets et les souvenirs. Inspiré par la notion de « vie étrange » chère aux surréalistes, il témoigne d’une traversée où rêve et réalité se mêlent, ouvrant un espace de réflexion sur une nouvelle manière de percevoir le monde.

Rendez-vous à Croisière, le mercredi 8 juillet à 18h, pour une visite officielle en présence des artistes !

L’exposition se trouve à Croisière, numéro 22 du programme des Rencontres d’Arles.
65 Bd Emile Combes, 13200 Arles
Horaires d’ouverture : 9h30›19h30

Susanna de Vido
Denis Valery Ndayishimiye

Denis Valery Ndayishimiye, né en 1998. Après avoir obtenu un Bachelor en cinéma au Rwanda, Denis Valery Ndayishimiye intègre l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, dont il est diplômé avec mention en juin 2026. Nourrie par le langage cinématographique, sa pratique artistique s’articule autour du portrait, de la notion d’espace intime et de la réappropriation des récits minoritaires, avec un intérêt marqué pour les questions liées à l’afropéanité et aux identités de la diaspora noire en Europe. Sa relation au cinéma imprègne directement sa démarche photographique, pensée sous forme de séquences narratives où le temps long de la rencontre est primordial.

Avec sa série en cours « Can I come to your place? », son travail s’inscrit dans le sillage du voyage « Afropéen », un mouvement porté par l’écrivain et photographe Johny Pitts à travers l’Europe. Alors que Pitts documentait la visibilité des identités noires dans les espaces publics et les paysages urbains européens, Denis Valery Ndayishimiyecherche à prolonger cette exploration derrière les portes closes. Le choix de la sphère privée est un acte politique délibéré : un espace de relâchement essentiel où les corps et les identités, traditionnellement hyper-visibilisés ou figés par le regard extérieur, trouvent un lieu de vulnérabilité pour contourner les stéréotypes du canon occidental.

En déplaçant le regard vers l’intérieur des maisons, le projet documente la manière dont ces hommes négocient leur place, entre déplacement et mémoire. Les objets et les détails du quotidien deviennent les traces matérielles d’une géographie personnelle. Ces images s’accompagnent de fragments de voix et de textes issus de conversations prolongées, fonctionnant comme des archives vivantes et intimes qui rejettent toute narration linéaire imposée pour faire surgir un contre-récit juste et sensible de la présence noire en Europe aujourd’hui.

Guillaume Chevalier Fustec

Guillaume Chevalier Fustec développe une pratique hybride, à la croisée de la photographie, de la performance, de l’installation, de la vidéo et de la recherche. Formé au théâtre avant d’entamer des études de philosophie puis de psychologie clinique, il intègre en 2023 le master de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, où son travail de plasticien se double d’une activité de chercheur et de co-auteur : contribution à la revue Inframince sur la dévoration des images, essai critique sur la violence et l’agentivité, notes d’intention, mise en scène et traduction du Banquet de Platon pour une conférence performée, édition d’un leporello argentique de 47 mètres présenté au salon Traffic de Marseille avec l’association des étudiant·es, ou encore un travail documentaire sur les artistes exilés du Belarus. Le théâtre n’a jamais quitté son travail. Formé à l’école Demain le Printemps à Minsk, il poursuit la scène par d’autres moyens : la performance Sin Eater, adaptation du rituel gallois et écossais du mangeur de péchés à un contexte politique contemporain, ou la mise en scène et la traduction du Banquet de Platon dans le cadre du séminaire FIG.

Son travail part d’une question obstinée : comment continuer de voir, dans les écarts et les accidents du monde, des objets dignes d’amour. Cette question prend racine dans une expérience de perte vécue en 2022. Par l’altération, la fragmentation et la mise en scène des images les unes à l’intérieur des autres, il produit des pièces où les matières convoquées, cendres transportées dans des boîtes de pellicules, négatifs griffés, étoffes imprégnées par la décomposition, deviennent des objets transitionnels : non comme illustrations de l’absence, mais comme la signature de l’écart entre la chose et son absence. Cette esthétique de la décomposition, nourrie par la pensée de Lamarche-Vadel sur l’enfermement photographique et par l’appel de Hölderlin à rendre le réel habitable en l’absence de tout signe qui résolve notre destin, ne vise jamais une jouissance du morbide mais un ensemble de stratégies pour continuer d’aimer ce qui doit se décomposer en même temps que ce qui doit advenir. Les pièces Swift & Swallow et 21 Grammes, qui lui valent d’être lauréat d’une exposition aux Rencontres d’Arles 2026, portent cette recherche à son point le plus abouti. La première est une série photographique construite sur plusieurs années par superposition et altération d’images à travers de multiples supports. La seconde, une vidéo dont le titre tient à la fois du poids moyen d’une hirondelle et du poids supposé de l’âme humaine, transpose un jeu pratiqué par des enfants du nord de la Chine pour apprivoiser le deuil : les fleurs y sont remplacées par un oiseau, le verre par une caméra, et le deuil par un écran que le spectateur ne pourra jamais vérifier. 

Engagé dans la vie de son école, il a coréalisé et curaté plusieurs expositions collectives, Maison Bleue et WIP25′, et coprésidé l’association des étudiant·es de l’ENSP.