Ayako Sakuragi

Née en 1978, Ayako Sakuragi a étudié la littérature française à l’Université Sophia à Tokyo, puis le stylisme au Studio Berçot à Paris. Après onze années de travail chez Comme des Garçons, elle est revenue aux études artistiques. Elle est diplômée de la Tokyo University of the Arts (Master) en 2021 et de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2022 (DNSAP).  

Elle a été finaliste du Prix Dior de la Photographie et des Arts Visuels pour Jeunes Talents en 2024, ainsi que du Prix Sisley des Beaux-Arts de Paris en 2025. Son œuvre 108 jours fait partie de la collection du musée ARTER (Istanbul). Elle est actuellement résidente de la Capsule – Résidence Création Photo, Le Bourget, et poursuit son travail et ses expérimentations entre Paris et Arles.  

Pour elle, l’appareil photo est un dispositif de perception non humain : dénué de conscience et d’intention, il découpe arbitrairement une parcelle d’espace-temps. Ce geste peut faire voir le monde autrement. Il ne s’agit pas de représenter, mais de révéler. Ce ne sont ni la forme ni le contenu qui l’intéressent, mais le lien subtil entre existence, invisibilité et perception. Son travail explore les frontières de l’image et met en lumière l’importance des éléments invisibles : le temps et la mémoire. 

Résumé de thèse

Écouter la photographie – vers une mémoire des ondes lumineuses et sonores    

Sa recherche est une exploration artistique et philosophique autour de la photographie analogique, de l’enregistrement de la lumière et du son, ainsi que de la perception. Elle part de questions extrêmement simples :  

La photographie est-elle uniquement visuelle ?  

Peut-elle inclure le son dans les ondes enregistrées ?  

La photographie analogique, par sa matérialité et ses procédés techniques, permet-elle une nouvelle écoute ?  

Existe-t-il une forme de perception trans-sensorielle ou pré-sensorielle qui relie la lumière et le son ? 

La lumière et le son partagent les mêmes lois ondulatoires. Bien que leurs natures physiques  diffèrent – onde électromagnétique pour la lumière, onde mécanique pour le son, vélocité incomparablement plus grande pour les ondes lumineuses -, une affinité existe entre les deux  phénomènes. Toutefois, il ne s’agit pas ici de les comprendre dans un sens strictement physique, mais de faire une hypothèse perceptive : celle de l’existence possible d’un champ commun où la lumière et le son se rencontreraient dans la perception (autrement qu’en se superposant), comme le recto et le verso d’une même expérience.  

Cette recherche s’inscrit dans une pratique artistique expérimentale, fondée sur l’usage du sténopé en longue exposition, comme outil de perception élargie. Ce dispositif ralentit le temps de prise de vue et réintroduit la durée comme une composante essentielle de l’image, comparable en cela à une structure sonore.  

La photographie, en tant que cristallisation de la technique et des phénomènes naturels, dépasse le domaine de la perception humaine. En explorant ce qu’elle enregistre, il devient possible d’envisager une extension de la perception, un point de vue des choses, ce que Jean Epstein  appelle une « intelligence de la machine », ainsi qu’une expansion du médium photographique lui-même.  

Dans l’image photographique existent déjà des formes invisibles : l’image latente, avant toute apparition visible, ou encore l’image sublatente, en attente de lumière suffisante pour advenir. De manière analogue, les sons de l’environnement laissent-ils des traces au sein de la photographie ?  

À l’instar de John Cage qui, avec son œuvre 4’33’’, a révélé la présence du son à partir du silence, en invitant l’auditeur à écouter son environnement, il serait peut-être possible de découvrir la  lumière et le son à partir de ce qui demeure invisible et inaudible.  

Dans le monde contemporain saturé d’informations, nous semblons avoir oublié comment  percevoir ces manifestations subtiles de lumière et de son. Même si ces traces restent invisibles ou inaudibles, il demeure pertinent de se demander si elles peuvent être perçues par notre sensibilité naturelle.  

L’apparition de la photographie et de l’enregistrement sonore a probablement rompu la continuité classique des sens. Pourtant, il semble précieux de reconsidérer cette rupture, ainsi que l’origine de ces techniques d’enregistrement et leurs effets sur notre manière de percevoir.  

Au cœur de ce vide résonne peut-être la mémoire d’un monde où la lumière et le son vibrent en harmonie. La photographie pourrait-elle devenir un espace d’écoute, capable de réactiver une  mémoire sensible du monde ?