Zoé Chauvet

Diplômée de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs, ma pratique articule de manière sensible photographie, vidéo et installation afin de construire une mémoire à la frontière du réel et de la fiction. J’explore les espaces marginalisés et les récits qui s’y déploient, cherchant à capter, à travers la photographie, les signes fragiles du vivant. Dans la chambre noire comme à la lumière du jour, j’interroge le médium photographique pour faire émerger de nouvelles formes de représentation.
Ma démarche s’articule autour de la vie des images, leur latence et leur transformation : chaque photographie devient à la fois trace, fantôme et possibilité de résurgence. Mes installations modulables combinent photographie, lumière, son et espace ; chaque image, imprimée sur plexiglas ou rétroprojetée, devient transparente et manipulable, questionnant ainsi le statut même de l’image. La photographie s’y fait architecture et matière vivante, révélant un état de suspension et une tension féconde entre document et mise en scène.

Lauréate du Ear/Eye Award, j’ai été en résidence à la Villa Belleville et ai exposé au BAL, à La Villette, au CAC La Traverse, à B-Part Galery (Berlin) et à la Galerie de l’Institut français (Madrid). Je bénéficie actuellement de la bourse de recherche post-diplôme de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Ma pratique s’enrichit aujourd’hui de collaborations avec des scientifiques et des laboratoires tels que le CNRS et l’Institut Pasteur, autour des techniques d’imagerie macro.

Projet

Mon projet explore la persistance du vivant à travers la vie des images. Comme certaines formes biologiques qui se régénèrent à l’infini, la photographie porte en elle la trace d’une disparition et la promesse d’une résurgence. Entre mémoire et effacement, elle devient un organisme en transformation continue. Certaines formes de vie se régénèrent alors que leur corps disparaît ; les images, elles aussi, persistent au-delà de leur support, se transformant sans cesse.

Dans le cadre de cette recherche, je m’attache aux archives d’Odile Croissant, biologiste et physicienne du XXᵉ siècle, découvertes à l’Institut Pasteur alors qu’elles s’apprêtaient à être jetées. Ces documents non inventoriés, plaques de verre, négatifs souples, spectrographies de cellules sont dépourvus de légendes et de conclusions scientifiques, laissant subsister des images orphelines, ouvertes à de nouvelles lectures.Travailler ces archives, c’est réactiver une mémoire lacunaire et faire dialoguer science et regard photographique dans une même matière sensible. L’intelligence artificielle intervient alors pour explorer ces zones de vide, non pas pour les combler mais pour en révéler la texture. En reliant l’espace latent de l’image à celui de l’IA, le projet interroge la manière dont les technologies contemporaines prolongent la mémoire, transformant l’absence en potentiel de réactivation et de métamorphose.

Ritual of Light, Festival Rolling Paper – Le BAL, Paris 2023

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Altær, Institut français d’Espagne, Madrid 2025

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