Fanny Terno

Née en 1992 à Monaco, Fanny Terno est artiste et chercheuse. Après une formation en design textile à l’École Supérieure d’Arts Appliqués Duperré à Paris, elle poursuit ses études à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, dont elle sort diplômée avec les félicitations du jury en 2018. Elle soutient en 2024 ”Images de la mésologie, mésologie de l’image”, thèse de doctorat en théorie et pratique de la création artistique à Aix-Marseille Université / ENSP Arles en 2024, accompagnée de son exposition dans la galerie de l’ENSP Arles (décembre 2024). Elle obtient ensuite en 2026 un second doctorat à la Kyoto City University of Arts avec son projet de thèse intitulé “La voie du thé comme prisme : reconfigurer les conditions d’apparition du réel « (プリズムとしての茶道−現実性が表される条件を再構築する).

Alliant photographie, vidéo et constructions spatiales, elle conçoit des formes ancrées dans l’observation du fûdo (風土, milieu), les gestes du quotidien et la mémoire des lieux. Sa pratique explore les dispositifs d’attention et la transformation perceptive, en dialogue avec la symbolique et la corporalité propres au sadō, qui constitue un repère central de sa recherche.

Vivant entre Monaco et Kyoto, et en parallèle de sa pratique artistique, elle réalise également des commandes photographiques (Fukujuen, Hosoo, Fragonard) et elle enseigne notamment au Japon (Kyoto University of Arts, Ryukoku University). Ses travaux ont été présentés au Japon (Nuit Blanche Kyoto, Spiral Tokyo, Sumida Mukojima EXPO, Yokai Soho Gallery, Tomo Gallery, DDD Gallery, Institut français du Kansai, Villa Kujoyama, Mikke Gallery, ONA Project Room, Tsubomido, …), en France (Rencontres d’Arles, Institut Tenri, Galerie Le Magasin de Jouet, Fondation Ricard, Musée du Louvre, galerie ARENA,…) et Monaco, où elle a reçu de nombreuses distinctions (prix Olympus-Ensp 2018, lauréate de la Nuit Blanche Kyoto 2024 Artaota award 2025, lauréate de la bourse MEXT du gouvernement japonais entre 2021 et 2026).

Résumé de thèse

Images de la mésologie, mésologie de l’image

Face à la crise générale liée à l’Anthropocène, nos relations au monde, à l’altérité et à l’art révèlent des troubles symptomatiques. Une écologie de l’attention, expérimentée par la pratique artistique et sa réception, pourrait aller au-delà de la simple représentation pour offrir des « re-médiations », des hypothèses de résilience écologique, sociale et mentale. Cette recherche se situe à la croisée de plusieurs disciplines (arts visuels, architecture, esthétique, philosophie, curation) et explore ce qui relie les êtres à leur milieu, avec l’ambition de « méditer » ces interactions – c’est-à-dire en prendre soin.

Le projet propose d’intervenir dans notre quotidien en conjuguant une approche japonaise de la mésologie, telle que développée par Augustin Berque, avec les mutations contemporaines de l’image. La mésologie (風土学, fūdogaku), science des milieux, est avant tout une perspective pluridisciplinaire visant à offrir une alternative au paradigme occidental moderne et dualiste. Ce dernier, basé sur des oppositions (objet/sujet, nature/culture, humain/animal), tend à abstraire l’humain de la terre, engendrant une acosmie destructrice pour les espèces, les paysages et les cultures. Inspirée des sagesses orientales, la mésologie de Berque intègre les apports de Jakob von Uexküll et Watsuji Tetsuro.

Ce projet interculturel et transdisciplinaire propose de dépasser certaines crises contemporaines en repensant le rôle des images dans notre manière de voir, d’agir, et d’être. L’image, depuis cinq siècles perçue comme une fenêtre sur le monde, doit être reconsidérée à travers des méthodes contemporaines, ou redéfinir son opérativité dans ses mutations actuelles. La symbiose entre mésologie et image permet d’élaborer des outils et des méthodologies innovantes : donner corps à la mésologie à travers des « images mésologiques » et, en parallèle, penser « méso-logiquement » l’image.

Ce projet valorise l’altérité sous plusieurs formes : interculturelle (France-Japon), transindividuelle (partage d’autorité dans la création), et dans ma démarche d’artiste-chercheure, favorisant une porosité entre pratiques créatives et théoriques. L’objectif est de ne jamais opposer ni illustrer ces pratiques, mais de créer une véritable dialectique entre elles

Mots clés : mésologie, image, Japon, recherche-création, maison de thé, camera obscura

Jury de soutenance

Pierre Baumann
Professeur des universités, Université Bordeaux Montaigne, rapporteur du jury

Grégori Jean
Professeur des universités, Université Côte d’Azur, rapporteur du jury

Catherine Grout
ENSAP Université de Lille, membre du jury

Mathilde Roman
Professeur, Pavillon Bosio (Monaco), membre du jury

Gwenola Wagon
Professeure des universités, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, présidente du jury

Clélia Zernik
Professeure, ENSBA Paris, membre du jury

Caroline Bernard
Professeure, ENSP Arles, co-directrice de thèse

Frédéric Pouillaude
Professeur des universités, Aix Marseille Université, directeur de thèse