Alejandro Leon-Cannock

Alejandro León Cannock (Lima, 1980) est chercheur, artiste photographe et enseignant. Il est actuellement doctorant à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles et Aix-Marseille Université, au sein du doctorat « pratique et théorique de la création artistique et littéraire ».
Sa pratique professionnelle, axé sur la photographie, se déroule dans le territoire où s’articulent l’exercice de la pensée et la vie des images. Il est titulaire d’un master en Photographie Latino-Américaine Contemporaine (Centro de la Imagen, 2015) et aussi en Philosophie (Pontificia Universidad Católica del Perú, 2009). Il a également obtenue un Licence en Sciences Humaines (PUCP, 2007).
Il a donné des cours de philosophie et de photographie pendant plusieurs années dans différentes universités et écoles d’art au Pérou. Actuellement, il enseigne Théorie de la photographie dans la Licence d’Arts Plastiques d’Aix-Marseille Université. Il a réalisé diverses publications comme El devenir imagen del mundo. Anotaciones sobre la revolución fotográfica (Cantabria: Muga 2017), El pensamiento de las imágenes. Anotaciones sobre la performatividad de las imágenes y el arte contemporáneo (Montevideo: CdF 2018) et El paradig- ma performativo. Anotaciones sobre la naturaleza de
la investigación artística (Lima: PUCP 2019).
Son travail artistique a été exposé en Chine, France, Mexique, Pérou et Suisse.

Résumé de thèse

« À la recherche des images pensives. L’expérience photographique comme évènement de pensée »

L’invention de l’appareil photographique pendant la Révolution industrielle au XIXe siècle a ouvert un champ d’expérience inédite pour l’être humain. Les rapports que les individus entretenaient avec le temps et l’espace, le savoir et l’information, l’ici et l’ailleurs, le présent et le passé, enfin, avec le Moi et le Monde, se sont radicalement bouleversés (Rouillé). À partir de ce moment-là, les images techniques ont commencé à accomplir une multiplicité des tâches afin de satisfaire les demandes des diverses champs institutionnels comme la science, la presse, l’art, la publicité, la propagande politique, etc. (Tagg). Ce caractère « caméléonienne » de l’image photographique a été plusieurs fois remarqué afin d’affirmer que la photographie n’a pas une identité propre, essentiel et autonome (Batchen) ; mais que, en revanche, elle prend sa signification, valeur et puissance de l’espace discursif auquel elle appartient (Krauss). Ainsi, l’expérience que nous faisons devant une image sera toujours conditionnée par des relations de pouvoir (non-photographiques) que nous ne voyons pas dans la représentation mais qui opèrent directement sur nous. C’est pour cela qu’une analyse iconologique doit être aussi un critique idéologique (Mitchell).

Le point de départ de mon projet est, précisément, la considération du « pouvoir des images » (Bredekamp, Freedberg), c’est-à-dire de leur capacité à produire des effets sur les spectateurs (émouvoir, persuader, informer) en fonction des intérêts attendus par les champs institutionnels auxquels elles appartiennent (religion, publicité, presse). À partir de cette évidence, nous nous demanderons s’il y a un type particulier d’image capable de « donner à penser » et si, en ce sens, il existe un champ institutionnel qui chercherait à produire ce genre d’image (le territoire artistique peut-être ?). Sont-ils les traits formels des images, leur contexte de circulation ou la disposition psychologique de l’observateur qui produit cet effet ? Bien que plusieurs auteurs en aient parlé (Benjamin, Barthes, Deleuze, Rancière), il n’y a pas une réponse définitive à cette interrogation. À différence d’autres puissances plus faciles à cerner (comme, par exemple, la capacité d’informer des images), celle de la « pensivité » est élusive. Ainsi, mon projet a pour objectif l’exploration dialectique (aller-retour entre la théorie et la pratique) des effets des images sur l’exercice de la pensée.