La meta-forme des images

Yannick Vernet
Project coordinator of La Recherche de l’art

« L’homme est une créature qui crée des formes [...] qui crée des rythmes [...] une force qui résiste [...]. Son moyen de se nourrir et de s’approprier les choses, de les mettre en forme et rythmes: comprendre n’est tout d’abord que créer les choses. La connaissance est un moyen de se nourrir ». F. Nietzsche, in Fragments posthumes automne 1884-automne 1885, Gallimard, 1982

Analyse du mouvement, de la plasticité, de la rééducation de la fonction motrice ; de la dépression, de l'état de stress post-traumatique ; de la compréhension des principes fondamentaux régissant le développement des cellules, tissus et embryons ou bien étude des maladies cardiovasculaires. Détailler les spécialités des différents laboratoires dans lesquels Pauline Rousseau, Hélène Bellenger , Diane Hymans et Quentin Carrierre ont séjourné dans le cadre de leur résidence permet de comprendre la richesse formelle des propositions qu'ils présentent dans cette exposition. Dans chacune des unités de recherche ces jeunes artistes ont su en effet confronter leurs pratiques photographiques avec celles, toujours fascinantes, des appareils dédiés à l'acquisition et la restitution d'images du corps humain dans les grandes modalités d’imagerie couramment utilisées : le scanner, l’IRM, l’échographie, ou la scintigraphie Il en ressort une mise en questionnement de l'imagerie médicale dans ses fondements algorithmiques, mathématiques et biophysiques ; ses modes d'enregistrements et ses élaborations chromatiques ; ses mises en récit ; ses modalités médiatiques de circulation et de vulgarisation... Autant de manières artistiques de méta-former cette imagerie médicale computationnelle.



The Meta-Forme of images

Yannick Vernet
Co-coordinateur du projet La Recherche de l’art

‘Man is a creature that creates forms [...] that creates rhythms [...] a force that resists [...]. His way of sustaining himself and appropriating things, putting them into forms and rhythms: above all, understanding is just creating things. Knowledge is a means of nourishment’. F. Nietzsche, in Fragments posthumes automne 1884-automne 1885, Gallimard, 1982

Analysis of movement, plasticity, rehabilitation of motor function; depression, post traumatic stress disorder; the understanding of the basic principles regulating the development of cells, tissues and embryos or the study of cardiovascular diseases... Delineating the specialties of the different laboratories in which Pauline Rousseau, Hélène Bellenger, Diane Hymans and Quentin Carrierre stayed during their residencies helps us understand the formal richness of the contributions they present in this exhibition. In each research unit these young artists have used their photographic practices to confront these, ever fascinating, devices dedicated to the acquisition and restitution of images of the human body via the vast imaging modalities currently in use: scanner, MRI, echography, and scintigraphy. The result is a questioning of medical imaging in its algorithmic, mathematical and biophysical foundations; its ways of recording and its chromatic conceptions; its storytelling; its circulation and dissemination by the media... So many artistic ways to meta-form this computational medical imaging.



Le laboratoire s’ouvre au regard

Dr Gilles Bloch
Président directeur général de l’Inserm

« L’art est une disposition fondamentale du cerveau », dit le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux après avoir consacré de nombreuses années à étudier cette inclination de l’esprit humain. Nous ressentons de l’intérêt et de l’émotion devant les formes du monde et devant nos propres créations.

Si le scientifique nous apprend des choses sur l’art, l’artiste nous en dit aussi sur la science. Depuis sa naissance en 1964, l’Inserm a dans ses missions fondatrices la promotion de la culture scientifique et la diffusion des savoirs. La science et la société échangent en permanence dans les démocraties, et tous les territoires de ce dialogue doivent être explorés : l’art est l’un de ces territoires. Le partenariat de l’Inserm avec l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles s’inscrit dans cette démarche : à l’occasion résidences de La Recherche de l’Art, les jeunes diplômés de l’ENSP posent leur regard photographique sur la vie des laboratoires scientifiques.

Pour cette huitième édition 2019, les laboratoires de l’Inserm ont été heureux d’accueillir en résidence Hélène Bellenger (Tours, Unité 1253 Imagerie et cerveau), Quentin Carrierre (Dijon, Unité 1093 Cognition, action et plasticité sensorimotrice), Diane Hymans (Institut de biologie de Valrose) et Pauline Rousseau (Paris Unité mixte de recherche 970, Centre de recherche cardiovasculaire à l'Hôpital européen Georges-Pompidou). Chacune de ces unités de recherche de l’Inserm possède son champ disciplinaire, ses dispositifs d’exploration et d’intervention sur le vivant et la santé. Son organisation humaine aussi, tant dans le rapport des personnels entre eux que dans l’échange avec des patients. L’unité de la science est ainsi faite d’une grande diversité de pratiques, de méthodes, d’expérience.

Chaque photographe invité apporte son regard, issu de sa formation et de sa personnalité. Ce n’est plus un étudiant, c’est déjà un artiste. Hélène Bellenger interroge la culture visuelle et les choix d’expression dans l’imagerie scientifique, Quentin Carrierre pose la question du rapport de la technique à l’humain, Diane Hymans montre des trajectoires de l’iconographie dans la science, Pauline Rousseau met en parallèle les mots et les maux du cœur.

Ce travail photographique est précieux pour l’Inserm, car il dit à nos chercheurs, ingénieurs, techniciens, personnels administratifs une part de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font. Le laboratoire est par nature un espace plutôt intime, fermé, la photographie lui renvoie une image de son existence et de sa production, en même temps qu’il l’ouvre et l’expose à tous les regards. Il y a ainsi une science contemporaine, comme il y a un art contemporain : La Recherche de l’Art les révèle aux publics. 



The laboratory through the photographer’s eye

Dr Gilles Bloch
Inserm Chief of Executive Officer

‘Art is a fundamental propensity of the brain’, says neurobiologist Jean-Pierre Changeux after having spent many years studying this inclination of the human mind. We feel interest and emotion before nature’s forms and our own creations.

While the scientist teaches us things about art, the artist also tells us about science. Since opening in 1964, Inserm has considered the promotion of scientific culture and the dissemination of knowledge to be among its founding missions. In democracies, science and society are in constant exchange and every domain of this dialogue merits exploration: art is certainly one of these territories. The partnership between Inserm and the École nationale supérieure de la photographie in Arles embodies this approach through the artistic residency, La Recherche de l’Art. Here, young graduates of ENSP have the opportunity to cast their photographic eye on life in a variety of scientific laboratories.

For this eighth year (2019), the Inserm laboratories were pleased to welcome in residence Hélène Bellenger (Tours, Imaging and Brain, Unit 1253), Quentin Carrierre (Dijon, Cognition, Action and Sensorimotor Plasticity, Unit 1093), Diane Hymans (Institute of Biology Valrose) and Pauline Rousseau (Paris Cardiovascular Research Centre Unit 970, at the Hôpital Européen Georges-Pompidou). Each of these Inserm research units has its field of speciality, and its devices for exploration and intervention in healthcare. Its human organisation is also important, both in the relationships among staff members and in their exchanges with patients. The unity of science is thus composed of a vast diversity of practices, methods, and experience.

Each invited photographer brings their unique perspective, a result of their training and their personality. No longer students, these are confirmed artists. Hélène Bellenger questions visual culture and the choice of expression in scientific imagery. Quentin Carrierre inquires about the relationship between technique and the human being. Diane Hymans demonstrates the trajectories of iconography in science. Pauline Rousseau draws a parallel between words and heartaches.

This photographic work is highly valuable to Inserm, because it tells our researchers, engineers, technicians, and administrative personnel something about who they are and what they are doing. The laboratory is by nature a rather intimate, closed space. Photography offers it an image of its existence and its production, at the same time that it opens and exposes it to all eyes. There is thus contemporary science, just as there is contemporary art: La Recherche de l’Art reveals both to the public.

Remerciements :
INSERM Pour l’Inserm Carine Delrieu, Catherine d’Astier, Adeline Bouzet, Dominique Nobile, Nicolas Emmanuelli, Frédéric Delaleu, Pierre Da Silva, Eric Simon, Emilie Denat-Turgis, Marie-Pascale Martel, Muriel Delacroix, Cyrille Mahieux, Tous les chercheurs, ingénieurs et techniciens des laboratoires de l'Inserm :
- L’Unité Cognition, Action et Plasticité Sensorimotrice à Dijon dirigée par Charalambos Papaxanthis
- L’ Unité Imagerie et Cerveau à Tours, dirigée par Catherine Belzung
- L’ Institut de biologie de Valrose à Nice dirigé par Stéphane Noselli
- Paris Centre de Recherche Cardiovasculaire, dirigé par Alain Tedgui puis Chantal Boulanger


ENSP
L’ensemble du personnel de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie et en particulier :
Rémy Fenzy, Philippe Guignard, Yannick Vernet, Juliette Vignon, Olivier Verhnes, Adrien Vargoz, Lionel Genre, Marie Constant.

Cette publication accompagne l’exposition présentée pendant les Rencontres d’Arles 2019.