Présentée du 3 juillet au 16 septembre 2017
à la Galerie Arena de l’ENSP

De la mer des Caraïbes à l’Océan Pacifique, des neiges éternelles aux forêts tropicales, des déserts aux grandes mégalopoles, le territoire colombien, au-delà d’un inventaire rationnel et objectif se découvre au fil d’une aventure qui s’écrit chaque jour.
Quelle est cette matière historique et organique qui façonne aujourd’hui ce pays, cette nation? Parle-t-on d’héritage commun, de frontière, de zone, d’espace, de paysage? Qui sont les hommes qui l’occupent, le transforment, l’aiment ou le détruisent, le sacralisent ou l’oublient?
Aujourd’hui, la Colombie connaît une véritable mutation : économique, sociale et plus encore politique. Les récents accords de paix entre le gouvernement et les FARC semblent ouvrir une nouvelle ère pour la paix, ses habitants et leur terre natale.

Cette exposition collective autour de la question de territoire est le fruit de deux années de collaboration entre l’Alliance Française et l’École nationale supérieure de la photographie à Arles qui a permis à cinq diplômés de réaliser une résidence de création suivie d’une exposition à l’Alliance Française de Bogotá; ainsi que de la générosité du Musée d’Art Moderne de Bogotá, qui accueille aujourd’hui cette exposition collective, et de l’Institut Français dans le cadre de l’Année Croisée France/Colombie.
Dans le cadre du programme « Alliances en résonance » l’exposition sera présentée à la Fondation Alliance Française à Paris au mois d’octobre 2017.

Trois colombiens, Laura Quiñonez, Andrés Donadio et Hilda Caicedo, et deux françaises, Leslie Moquin et Émilie Saubestre, ont pu ainsi mener pendant deux mois un travail artistique sur le territoire colombien. En résulte cette complémentarité des regards, des expériences, des terrains explorés. De Barranquilla à Cali, en passant par Bogotá, tous ont abordé cette matière mouvante qu’est le territoire avec le même désir : le relier à ceux qui l’habitent ou l’ont habité.
Utilisant à la fois la photographie, la vidéo, mais aussi l’écriture ou l’installation, ces cinq artistes offrent aujourd’hui un prisme de lecture sensible d’un territoire qui ne tient pas en place, qui est bien plus que frontières et données scientifiques.

Exposition produite par l’ENSP avec le soutien de l’Alliance Française de Bogotá et de l’Institut Français.

Exposition présentée à la Galerie Arena , 16 rue des Arènes,
du 3 juillet au 16 septembre 2017.
Entrée libre tous les jours, de 10h à 13h et de 14h à 19h.

› Le long d’une coiffe se dessine un tout autre paysage : celui d’un peuple afro-américain, arrivé sur le continent en tant qu’esclave et qui a su conquérir sa liberté au prix d’un lourd tribu. En rencontrant ces femmes, perpétuant presque machinalement ou instinctivement cette tradition physique, Laura Quiñonez y est allée cherchée la dimension symbolique et intime du territoire.
Le territoire n’est-il pas en premier lieu celui de son propre corps? Quelle mémoire s’exprime le long de ses tresses réalisées avec dextérité? D’une coiffure qui semble l’apparat d’une vie quotidienne s’ouvre l’hommage d’un peuple à ses anciens.

 

› De son côté, Hilda Caicedo est allée rencontrer les habitants de Cali à qui elle a demandé de raconter une histoire personnelle, une anecdote, ou un souvenir douloureux lié à un territoire donné.

Comme une sorte d’enquêtrice de la mémoire, elle a glané photographies personnelles, écrits, articles de presse, tout en produisant sa propre matière artistique composée de prises de vues ou écrits. De cette matière polymorphe où histoires, souvenirs et faits s’entrecroisent et se mélangent, se dessine ce qu’elle nomme une «cartographie de l’intime», non sans rappeler le travail de Catherine Poncin sur les disparus ou déplacés victimes du conflit entre les FARC et le gouvernement.

Au-delà d’une appréhension rationnelle, son travail évoque bien la dimension intrinsèquement humaine à la notion même de territoire.

 

› À l’image du réalisme magique que l’on retrouve chez de nombreux auteurs latino-américain et en particulier Gabriel Garcia Marquez, Émilie Saubestre livre un territoire colombien sous l’angle de la métamorphose. Comme une sorte d’archéologue du présent, elle a exploré les réserves du Musée de l’Or et provoqué des rencontres fortuites entre héritage et mutation.

Collages, installations, photographies évoquent avant tout un territoire poétique, et convoquent mondes réels et imaginaires, nous invitant ainsi à faire un pas de côté sur le regard que l’on porte sur l’histoire de ce pays.

 

› C’est un lieu d’histoire mis de côté et oublié qu’Andrés Donadio a voulu remettre en lumière.
Le «Salto de Tequendama» (Saut du Tequendama), cristallise à lui seul mystères, légendes et symboles de la Colombie : lieu de culte pour les Indiens, villégiature des Bogotanais, saut ultime pour les âmes en perdition, il est depuis plusieurs années laissé à l’abandon.

Andres Donadio s’est donc aventuré sur ce lieu mythique et a tenté de capturer l’invisible : ce que le passé a transmis à ce territoire si particulier.
Reprenant d’une certaine manière ce que la photographe Sophie Ristelhueber proposait comme «esthétique de la trace» avec sa série Faits, il livre une approche subjective de ce lieu où se trame un trouble qui naît du rejet et de l’attraction, de la brume de la cascade, de ces marques de vies, de cette vierge surplombant la force naturelle de l’eau.

 

› S’inscrivant dans la lignée des nouvelles formes de documentaire, qui laissent à la subjectivité et l’esthétisme une place à part entière, Leslie Moquin est partie sur la côte Caribéenne s’immerger dans les verbana, lieux de vie nocturne où la contre-culture afro-caribéenne se retrouvent et s’anime autour des Picòs qui diffusent du Raegetton et de la Champetta.

Se laissant guider par les rencontres, elle a photographié à la fois les personnalités de lieux emblématiques de la vie caribéenne colombienne, mais aussi la douceur de la vie locale, aux lumières pastel et à la sensualité affichée. Il en découle un travail sensible et moderne à la fois, sur une population et une jeunesse qui marquent son territoire et son histoire métissée à la sueur de pas de danse.