ENSP-larecherchedelart_EVE

Présentée à la Galerie du Haut de l’ENSP
du 3 juillet au 16 septembre 2017

On peut continuellement ignorer que le monde des arts et celui des sciences puissent fusionner sans mobile apparent. Pourtant, voilà plus de cinq ans que l’Inserm et l’ENSP cultivent ensemble des sols fertiles en surprises (mises en valeur au Palais de la découverte jusqu’au 27 août 2017) qu’il serait absurde de ne pas goûter tant l’assortiment des saveurs irréductibles à l’imagination semble infini.

Cette forme de recherche artistique engagée par les diplômés de l’École nationale supérieure de la photographie, Florian Da Silva, Steven Daniel et Anna Broujean lors de leur résidence au sein des laboratoires de l’Inserm n’est ni fondamentale, ni appliquée.
Le propre de l’artiste est de concevoir des agencements. Comme nous le rappelle le philosophe Elie During une « oeuvre est toujours débordée par un projet dont elle n’est pas nécessairement l’aboutissement, mais un état instable, une projection, une vue en coupe – un prototype ».

Les oeuvres présentées ici s’auto-organisent seules d’abord, puis, de façon transversale au contact les unes des autres. Loin d’être une simple collusion de propositions hétérogènes, ce qui est montré dans cette exposition peut se lire comme une forme conjonctive où chaque image interagit avec son environnement. Un écho à la matière vivante en quelque sorte.

Au-delà d’une simple illustration de la vie de ces laboratoires, les propositions de ces trois jeunes artistes explorent la relation entre la science et l’art, révèlent et renouvellent ainsi ses objets, ses méthodes ou ses outils.

Exposition coproduite par l’ENSP et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale.

Exposition présentée à la Galerie du Haut de l’ENSP, 16 rue des Arènes,
du 3 juillet au 16 septembre 2017.
Entrée libre tous les jours, de 10h à 13h et de 14h à 19h.

› Florian Da Silva questionne les modalités de la recherche scientifique. S’éloignant des appareillages sophistiqués et des machines hautement technologiques qui peuplent les laboratoires, il porte son regard sur les objets du quotidien qui hantent les paillasses: pinces; marqueurs; gommettes; tubes; vernis, etc. Anodins de prime abord, ces derniers permettent pourtant d’extraire, de saisir, d’isoler, de révéler. Ils sont à la base de toute expérience scientifique.

Les images de Florian Da Silva sont des programmes d’actions. Semblant montrer des objets figés dans leur solitude, leur apparente pauvreté, elles donnent surtout à voir ces gestes qui sont, selon l’expression de Michel Guérin, « le voeu d’une parole fantôme ».
D’une part, ils présentent la trace de ce que nous exécutons, d’autre part ils portent en eux la mémoire profonde et archaïque de cette technicité. Ils représentent une schématisation par le corps et attestent, nous dit le philosophe, d’un « vouloir- dire animal » qui nous aide sans doute à dépasser notre propre condition humaine.

Anna Broujean s’inspire de l’iconographie scientifique, en particulier des brochures explicatives, et transforme cette matière en une aventure photographique fictionnelle. Les instruments comme les mutations génétiques des corps qui en découlent ne sont pas dans un rapport de négation ou d’exclusion par rapport au réel. Ils s’apparentent au contraire à ce que le philosophe Kendall Walton nomme des « vérités fictionnelles ». Ici, imaginaire et réalité s’entremêlent et se nourrissent mutuellement.

L’artiste se joue des éléments (personnes; documents d’archives; vérité scientifique) pour nous offrir cette fable visuelle. Ses mises en scènes sont autant de marqueurs et révélateurs de ces organismes mutants, de ces corps chimériques qui ont toujours hantés nos imaginaires.
Les photographies d’Anna Broujean opèrent, performent et façonnent les identités à la convergence des règnes. Ces fragments de corps hybrides révèlent en effet cette plasticité humaine capable d’intégrer dans une forme de vie encore à inventer un possible devenir – végétal.

Steven Daniel explore lui aussi les confins à la fois merveilleux et effrayants révélés par la bio-ingénierie mais à travers les processus d’enregistrement et de transfert.
Dans sa série Aechorea par exemple, il s’intéresse à une technique permettant la séparation des acides nucléiques (ADN, l’ARN) à travers la matrice du gel d’agarose. Le transfert et les échanges des molécules en pleine migration sont saisis et enregistrés dans leur complexité et dans l’épaisseur même du gel.

Dans son travail, Steven Daniel arrive à saisir ces opérations transductives. Il nous montre cette matière instable qui irrigue, irradie, se dilate. Georges Simondon nous a montré que dans ce type de propagation en effet, chaque région de structure constituée sert à la région suivante de principe de constitution, si bien qu’une modification s’étend ainsi progressivement en même temps que cette opération structurante. Cette connaissance étendue de la matière telle que présentée par Steven Daniel n’accorde donc aucun privilège à l’état stable. Au contraire, elle rend possible une connaissance de la réalité à partir du devenir.