Ad vitam æternam,
De l'homme soigné à l'homme augmenté

À jamais pour toujours
Ad vitam aeternam, à jamais pour toujours, le titre de cette cinquième édition de la Recherche de l’art est posé comme une hypothèse triple. En premier lieu, à l’heure où chaque innovation est présentée comme une nouveauté et une rupture, on oublie trop souvent qu’une invention s’inscrit dans une longue continuité historique et dans la constance laborieuse de la recherche. Puis, Ad vitam aeternam, pour décrire les limites sans cesse repoussées d’un corps soumis aux affres de la maladie et de l’accident. Et enfin, Ad vitam aeternam pour le lien étroit entre l’art et la science et la parenté de leurs modes opératoires : les artistes sont des chercheurs qui comme eux ont pour mandat de donner à voir et à saisir un monde transformé.

À l’heure où la technologie permet d’imprimer des organes en 3D et de fabriquer des prothèses qui parfois augmentent les performances de l’individu, les limites corps et machines se floutent.
Ainsi, pour la série photographique La Boite à outils, Mathilde Moignard a rencontré l’équipe AGATHE du laboratoire ISIR de Paris qui œuvre à une amélioration de la relation entre le corps et la prothèse. Dans les images, des chercheurs élaborent des prothèses afin de réparer l’individu tandis qu’en regard, des photographies de patients témoignent de la tension entre le corps et l’appareillage, la nécessité vitale de celui-ci en même temps que son altérité intrinsèque. En résidence au sein de l'Institut des neurosciences des systèmes (groupe Physiologie et physiopathologie des réseaux neuronaux) situé à Marseille, Vivien Ayroles travaille sur l’histoire de la représentation de l’épilepsie au moyen de la vidéo. L’état épileptique est symbolisé par la violence latente des vagues méditerranéennes, contrastant avec la crise meurtrière du héros mythologique dans la pièce Héraclès furieux d’Euripide.








Isoline Spote, accueillie par le laboratoire U846 Cellules Souches et Cerveau à Lyon se joue de la perception du spectateur, ses sens surfaces de contact avec le monde sont perturbés par des jeux lumineux qui troublent son environnement. Isoline Spote utilise également des schémas des capteurs d’un robot humanoïde pour les ériger au rang de cartographies synesthésiques.
Au sein de l’Institut de la Vision et du Centre d’Investigation Clinique de Paris, Prune Phi interroge le rapport des chercheurs aux images scientifiques dans leur capacité à percevoir l’invisible. En s’appropriant des images de vaisseaux sanguins ou de cellules oculaires, elle travaille à une poétisation de ce vocabulaire pictural scientifique dont les formes s’apparentent parfois à des reliefs montagneux.